La maxime : "
Travailler moins pour contempler plus
"
Extrait du roman "La Pergola"
Une fois au lac, nous fîmes une bonne
dizaine d’allers et retours entre les deux rives de ce champ transformé en
retenue d’eau pour les périodes d’étiage. Kevin et Agnès y étaient-ils
finalement venus ? C’était un lieu magique pour contempler. Contempler
paraît facile, désuet et benêt du point de vue de l’hyperactif de la ville sans
doute même, mais croyez bien que c’est servir une large tranche de connerie sur
un plateau d’argent que de prétendre cela. Les plus grands poètes, et les plus
grands naturalistes en général, sont des individus dotés d’un œil
extraordinaire, fascinant, hors norme. L’homme qui contemple n’est pas dans
cette agitation physique que présentent les cavernicoles de bureau et de
laboratoire – voyez-vous de qui je veux discuter ? L’homme qui contemple
ne brasse pas le vent avec ses bras ses jambes son corps, tornade de chair au
regard inerte sur le monde. Le génie qui contemple, les mains dans ses poches,
crevées ou pleines, les pieds posés sur une pierre choisie, ou bien le corps
penché dans un geste mou, à quoi joue-t-il ? Hyperactif à son endroit, il
bat le monde de ses yeux. Son regard gloutonne les images. Il déshabille les
paysages et les hommes, puis les habille de mots inventifs. Et ce qu’il brasse
avec ardeur et passion tranquille, ce sont les nobles lettres. Oui, l’homme qui
contemple bat le monde de ses yeux.