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Ecrire
Parfois, j’ai envie d’arrêter d’écrire comme certains essayent de renoncer à la cigarette. J’y suis même parvenu il y a quelques années. Et ce, pendant de longs mois. Oh, bien sûr, je péchais ça et là, et de la manière la plus insidieuse qui soit. Normal. Une petite phrase bien léchée au milieu d’un courrier, quelques mots tapés à la sauvette dans un coin de l’ordinateur. A la sauvette et cependant précieusement sauvegardés. Mais dans l’ensemble, je tenais bon. Je m’étais rangé de l’écriture comme d’autres des voitures. Et puis ce qui devait arriver arriva, j’ai rechuté.
Arrêter d’écrire, une sacrément bonne résolution, pourtant. Se débarrasser de cette sourde inquiétude de ne pas trouver le mot juste au bon moment et à la bonne place. Cesser de se demander si ce qu’on va écrire n’a pas déjà été mille fois écrit, si le livre qu’on veut publier vaut vraiment la peine qu’on abatte ne serait-ce que le plus rachitique des arbrisseaux. En un mot, arrêter d’embêter le monde.
Oui, c’est un peu ainsi que je considère les choses au retour d’un énième salon du livre, d’une foire d’empoigne d’où je sors écrasé sous la masse de tous ces bouquins. Une chance, je traverse les monts d’Arrée au crépuscule. Arrivé presque au sommet, je me gare au pied de l’antenne de Roc’h Trédudon et je sors de ma bagnole histoire de prendre un bol d’air. La brise est douce. A l’horizon, les dentelles de pierre sculptent des ombres chinoises sur un ciel ensanglanté et le Yeun Ellez s’est revêtu du voile pourpre des soirs de deuil. Encore une fois, c’est différent. Encore une fois, c’est féerique. Et je me surprends à me demander comment pourrais-je bien me débrouiller pour décrire ce paysage de la manière la plus juste et la plus personnelle qui soit.
Extrait de
Demain, j'arrête d'écrire (Editions Coop-Breizh)
Photo Yann Le Neveu
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