Les sanctions canadiennes contre la Birmanie ont un impact
Grande Epoque_22 mars 2008
Les sanctions
économiques permettent de mettre plus de pression sur la junte militaire.
La
junte militaire au pouvoir en Birmanie est définitivement affectée par les
sanctions économiques imposées par le Canada, tandis que les investissements
étrangers freinent la restauration de la démocratie dans le pays, estime le
député libéral à Ottawa, Larry Bagnell.
Après une mission d’enquête
d’une semaine à la frontière entre la Thaïlande et la Birmanie, Larry Bagnell,
président de l’association Les amis parlementaires de la Birmanie (Parliamentary
Friends of Burma – PFOB), affirme que les Birmans souhaitent que le Canada
maintienne les sanctions. « Les dirigeants de la résistance birmane sont très
satisfaits des sanctions », fait-il remarquer. « Il y a de bonnes chances qu’en
raison de la pression exercée sur la Birmanie », les investissements de Chine et
de Singapour ralentissent dans le pays, poursuit-il. Mais il avertit que la
situation est vraiment bien plus grave qu’on le croyait, en raison des atrocités
rurales et ethniques qui ne sont pas rapportées par les médias
internationaux.
Tandis que Aung San Suu Kyi, chef de la Ligue nationale
pour la démocratie ayant reçu la citoyenneté canadienne honoraire l’année
dernière, demeure en résidence surveillée, l’obstacle principal à une
restauration de la démocratie pourrait venir de l’étranger : les investissements
étrangers renforcent la junte militaire. Les investissements étrangers financent
un projet d’oléoduc transnational et de construction d’immenses barrages sur la
rivière Salween et autres, ce qui est considéré comme un cadeau pour la
dictature.
Ceci permet l’achat de matériel militaire additionnel pour «
opprimer davantage le peuple et mener à des déplacements [de population]
massifs, au travail forcé et autres violations des droits de l’Homme », souligne
Larry Bagnell dans un communiqué. Le communiqué souligne que contrairement à la
croyance de la communauté internationale que le pire est peut-être passé en
Birmanie, « les atrocités dans les provinces ethniques incluant le viol, les
déplacements forcés, le travail forcé et les meurtres extrajudiciaires sont
devenus une réalité quotidienne ».
Tin Maung Htoo, directeur général des
Amis canadiens de la Birmanie (Canadian Friends of Burma, CFOB), affirme que
c’est la première fois, depuis une dizaine d’années, qu’un politicien visite la
région. Il est d’accord avec les conclusions de Larry Bagnell sur la situation.
« Il n’y a aucun signe de progrès sur le front politique. » En anticipation de
la visite en Birmanie de l’envoyé spécial de l’ONU, Ibrahim Gambri, des
représentants de la junte militaire ont rencontré Aung San Suu Kyi, mais ce
n’était « qu’un jeu politique pour calmer la situation », croit Maung Htoo.
[…]
Tandis que l’ONU a envoyé une lettre du Conseil de sécurité
condamnant le régime birman à l’automne dernier, le Canada a imposé les
sanctions économiques et diplomatiques les plus sévères en décembre contre la
dictature militaire. Maxime Bernier, ministre des Affaires étrangères, avait
alors affirmé que les sanctions économiques du Canada contre la Birmanie étaient
les plus strictes au monde. « Nous croyons que les sanctions sont le moyen qui
nous permet de mettre le plus de pression sur la junte militaire », avait-il
déclaré.
À l’exception de l’exportation de marchandises destinées à des
causes humanitaires, il y a actuellement un embargo sur toutes les exportations
et importations entre le Canada et la Birmanie. Les avoirs des Birmans en sol
canadien sont gelés et les services financiers canadiens offerts en provenance
et vers la Birmanie sont également interdits. De plus, il y a une interdiction
sur l’accostage de bateaux et l’atterrissage d’avions au Canada et en Birmanie.
Il n’y aura aussi aucune exportation de données techniques ni de nouveaux
investissements.
Alors que le total des échanges entre le Canada et la
Birmanie est passé de 47 millions de dollars en 2002 à seulement 8,5 millions de
dollars l’année dernière, il y a encore environ dix-sept compagnies qui
investissent ou font directement des affaires en Birmanie, selon Maung Htoo. «
Nous sommes assez satisfaits des sanctions du gouvernement canadien, mais il y a
beaucoup de failles, et les sanctions n’affectent pas les investissements déjà
présents qui sont encore substantiels. Les sites Internet de CFOB et du
ministère des Affaires étrangères dénotent plusieurs compagnies canadiennes
encore actives en Birmanie, mais un fait moins connu concerne les
investissements du Régime de pensions du Canada dans des compagnies non
canadiennes en Birmanie et les fonds de dotation d’universités canadiennes. « Le
gouvernement devrait faire quelque chose à propos de ça », estime Maung Htoo. «
Nous avons fait du lobbying auprès du gouvernement pour qu’il retire ces
investissements aussi », fait remarquer Larry Bagnell, ajoutant que la compagnie
minière Ivanhoe s’est retirée de Birmanie. […] « Alors que les atrocités sont
révélées dans les medias internationaux, la Chine, qui protège la junte
militaire, sera également sous pression », affirme-t-il.