Philippine Leroy-Beaulieu marraine de la Fédération internationale des droits humains pour la Birmanie
La Tribune de Geneve 11 mars 2008
L’actrice de «Trois hommes et un couffin» contre la dictature birmane
Membre du jury du Festival international des Droits humains, Philippine Leroy-Beaulieu se bat pour faire connaître Aung San Suu Kyi, résistante à la junte birmane, assignée à résidence depuis qu'elle a gagné les élections en 1990.
Quand on la présente comme militante, celle qui fut la mère débordée de Trois Hommes et un couffin relativise. «Une militante, c’est quelqu’un qui va sur le terrain au risque de sa vie. Restons modeste. Je suis quelqu’un de privilégié. Je parle et agis d’où je suis.» Avec Jane Birkin, Philippine Leroy-Beaulieu est une des voix les plus audibles et populaires pour nous faire connaître le sort de la Birmanie, ce pays méconnu coincé entre la Chine, le Bangladesh, l’Inde, la Thaïlande et le Laos. Méconnu car après la répression par la junte militaire de la révolution safran – 100.000 moines défilant pacifiquement dans les rues de Rangoon en septembre dernier –, on n’a plus aucune nouvelle de cette dictature coupée du monde, où tous les moyens de communication sont verrouillés. «Le pays est à l’abri de toutes les sanctions, dit Philippine Leroy-Beaulieu, car il est riche en ressources et matières premières. Il est plus facile de libérer le Soudan qui n’a rien à vendre que la Birmanie.»
C’est contre le cynisme de la real politique que Philippine Leroy-Beaulieu a envie de s’élever, non pas avec une sempiternelle pétition mais par une série de courts-métrages sur le thème: « Je ne suis pas libre si tu ne l’es pas.» Les deux meilleurs films seront présentés vendredi 14 mars au Festival des Droits humains de Genève lors d’une soirée dédiée à Aung San Suu Kyi, figure de la résistance birmane et prix Nobel de la paix en 1991.
Les Quotidiennes: Connaissez-vous la Birmanie? Y êtes-vous allée?
Philippine Leroy-Beaulieu: Non, jamais. J’ai découvert la Birmanie à travers Aung San Suu Kyi, et particulièrement la biographie qu’en a faite Thierry Falise. La droiture, le charisme et la détermination non-violente de cette femme m’impressionnent. C’est un mélange de Gandhi et de Mandela. Son discours sur le pouvoir et la peur sont admirables. Sur la démocratie également. Contrairement à une tendance qui se dessine de plus en plus et qui voudrait que la démocratie ne soit pas applicable partout, pour des raisons culturelles et religieuses, elle disait au contraire que la démocratie était universelle et que les préceptes du bouddhisme s’en accordaient très bien.
Mais que peut-elle faire, elle la non-violente, contre une des juntes les plus répressives du monde?
C’est toute la question! Que peut sa volonté inébranlable de rester non-violente face à une junte qui ne respecte plus rien? Quand l’armée s’attaque aux moines, qui sont le socle de la société et de la culture birmane, la junte touche aux valeurs sacrées d’un pays, elle se comporte en voyous, en hooligans. Face à une telle destruction, la détermination d’Aung San Suu Kyi, sa volonté sacrificielle, a-t-elle encore un sens? Son combat aura-t-il servi à quelque chose? Je n’en sais rien, je m’interroge.
Et vous semblez plutôt pessimiste…
Oui, je le suis quand je sais que la Constitution birmane, une bouffonnerie mise au point il y a 14 ans pour barrer la route à sa dissidente, prévoit qu’aucun Birman marié à un étranger ne pourra jamais accéder au pouvoir. Or Aung San Suu Kyi a été marié à un Anglais, décédé depuis. Je le suis quand j’apprends qu’au lieu des 2 ou 3 morts annoncés pendant la révolution safran il y a eu des milliers de crémations sauvages à Rangoon, que l’on entendait des cris horribles de gens brûlés vivants, des moines en particulier. Je le suis encore quand je vois l’impuissance de la communauté internationale qui se laisse embobiner par des promesses faites uniquement pour gagner du temps. La Birmanie est à l’abri des sanctions car c’est un pays très riche, convoité par ses puissants voisins.